Paul Duhem

Paul Duhem (1919-1999) a eu dans sa production deux thèmes essentiels et deux thèmes secondaires. Ses deux thèmes secondaires étaient les moulins et les oiseaux qu'il a essentiellement traités pendant quelques mois en 1995. Ses deux thèmes principaux étaient les portes et les portraits.
Je les appelais « les portes », mais mon regard est peut-être trop restrictif, il s'agit en fait de la maison symbolisée par la porte. Celle-ci est coiffée d'une toiture pointue, arrondie ou carrée, ornée souvent d'une lucarne. La porte ou la maison est rectangulaire, carrée ou très allongée et étroite, elle est aussi aménagée d'une fenêtre qui est parfois divisée en deux. Ces surfaces vitrées ne sont pas peintes, malgré l'absence de rideaux, on ne voit pas l'habitant de ce lieu.
De temps à autre, il nous indique la fonction de la maison. Lorsqu'il met une croix dessus, on peut penser qu'il a représenté une église, mais la plupart du temps, il suggère les choses et l'on peut donner libre cours à son imagination. Même si l'on ne voit pas l'intérieur de ces demeures, on peut en rêver et on imagine la vie de ses habitants.
Mais, le fil conducteur de son travail, c'est la représentation humaine. Homme tronc qu'il répète à l'infini, si l'on y prête attention, on pourrait croire qu'ils sont tous identiques, mais l'émotion qu'ils transmettent est à chaque fois différente. On passe de la peur, à la joie, de la tristesse à la pensée. Il semblerait que son monde est uniquement peuplé d'hommes, la femme est oubliée. La femme mère trop occupée en ce début de siècle pour s'occuper d'un enfant non accepté ? La femme désirée, trop désirée pour être « couchée » sur le papier ?
Lorsque Paul parlait de ses portraits, il leur donnait des noms, souvent ceux de son entourage immédiat. Le même dessin représentant une autre personne une heure après. Il avait le même comportement lorsqu'il jugeait son travail. Il disait aimer ce dessin qu'il critiquait une heure après. Paul avait aussi cette volonté de toujours faire des choses nouvelles, « ne pas copier ».
Discrètement, avec la régularité d'un métronome, Paul Duhem a réalisé sans en avoir conscience, un travail considérable. Il voulait peindre jusqu'au bout, ce qu'il a fait.
Tels les anciens agriculteurs, qui tiraient le maximum de leur terre sans trop de moyens, Paul a marqué nos mémoires, notre sensibilité avec une économie totale de moyens. Economie de nos échanges aussi, notre relation n'avait pas besoin de mots, quelques regards, un échange suffisait. 

Bruno Gérard, la Pommeraie

 

Atelier

  • La Pommeraie - rue Neuve 15 7972 Ellignies-Sainte-Anne

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